« Dans une société raciste, il ne suffit pas de ne pas être raciste ... »

« Dans une société raciste, il ne suffit pas de ne pas être raciste ... »

Le format des actus sur notre site du C-Paje est par essence court et donc forcément parcellaire. L’actu du jour, consacrée à un sujet lourd, complexe, dense, portera donc en elle son lot de raccourcis et d’imprécisions.

À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale de ce 21 mars, je tenais à vous proposer une lecture – encore une fois très largement partielle – sur le racisme, et par là même d’ouvrir de potentielles réflexions.

À mon sens, un des gros soucis politiques de notre temps, c’est l’impuissance.
Cette impuissance, si elle peut être réelle, est également entretenue par certains discours ou visions des choses.

Par exemple, aujourd’hui, on a tendance à naturaliser le racisme.
En ce sens qu’il serait indépassable, c’est comme les guerres vous savez, il y en a toujours eu.
Le fameux : « c’est la nature humaine ».

Ce discours, en plus d’être erroné, est dangereux. Il individualise le problème, et est fondamentalement dépolitisant.
À quoi bon lutter si le mal est anthropologiquement en nous ?

Cela cultive notre impuissance et donc notre résignation – voire notre acceptation – et in fine notre immobilisme. Pour lutter efficacement contre le racisme, il est donc nécessaire d’en comprendre les origines, ses ressorts et sa fonction dans une société capitaliste postcoloniale en crise.

Depuis 1966, le 21 mars est la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.
Cette date a été choisie par l’Assemblée générale des Nations unies pour commémorer le massacre de Sharpeville qui eut lieu six ans plus tôt. Ce jour-là, 91 personnes sont tuées et des centaines d’autres blessées – la plupart de tirs dans le dos – lors d’une manifestation pacifiste contre le régime d’apartheid sud-africain. Il faudra encore 30 ans de lutte pour l’abolir.

Avec la fin de cette ségrégation advient le suffrage universel et l’élection de Nelson Mandela.

Le racisme institutionnalisé est donc un système qui justifie et permet la domination structurelle d’une population sur une autre.

C’est au XVIe siècle avec le début de l’ère coloniale européenne et la traite massive des esclaves africains que la couleur de peau noire et la servitude sont associées.
Auparavant, il existait bien de la xénophobie et des préjugés entre les peuples et les religions, notamment la dichotomie opposant barbares et civilisés, mais c’est bien l’ère coloniale européenne qui instaure la hiérarchisation des hommes. L’humanité est classée en « races » afin de justifier – ou tout du moins rendre acceptable moralement – l’exploitation d’une catégorie sur l’autre.

Dans cette continuité, le racisme devient une doctrine scientifique où une multitude de chercheurs théorisent l’existence des races et leurs inégalités fondamentales.
Encore une fois, toute cette belle littérature universitaire, respectable et rationnelle sert à justifier l’impérialisme, la colonisation, l’esclavage et la ségrégation.

Elle permettra aussi plus tard l’émergence du nazisme et des théories eugénistes aryennes.
Après la défaite allemande, le paroxysme de l’horreur ayant été atteint, s’engage laborieusement un travail de mémoire et de déconstruction du racisme scientifique. En 1960, 17 pays africains arrachent leur indépendance. La ségrégation aux USA ne prend fin qu’en 1964, celle de l’Afrique du Sud en 1991.

Cette histoire sanguinaire a façonné le monde moderne et le régit encore aujourd’hui.
À l’échelle des individus, porteurs de traumatismes séculaires, ou des États dont la place dans le concert des nations est héritée de l’époque coloniale.

Si l’impérialisme et la volonté hégémonique du Nord sur le Sud sont encore bien vivaces, le racisme scientifique est devenu marginal au sein de la classe politique.

Les races n’existent donc pas, mais pourtant le racisme perdure.

En effet, sa fonction justifiant les dominations est toujours nécessaire aux oppresseurs.

Cependant, sa doctrine dans sa version biologique n’est plus acceptée. Le racisme devient donc une construction sociale et culturelle. Ce n’est pas une théorie scientifique immuable, mais une rhétorique qui se déploie et se détermine au besoin. C’est pour cela que l’on parle parfois de racisme « systémique » et de personnes « racisées ».

Les Belges par exemple, dès la fin du XIXe et le début du XXe siècle, subiront un racisme suite à leur migration massive dans le nord de la France. Des émeutes anti-belges éclatent, accusées par les travailleurs français d’être à la solde des syndicats jaunes (patronaux) et d’être des casseurs de grève. Plus tard, tout le monde a encore en tête le terrible « interdit aux chiens et aux Italiens ». Aujourd’hui, le racisme envers les Italiens est résiduel et ce sont, notamment, les populations arabo-musulmanes qui en sont la nouvelle cible.

On voit donc bien que le racisme n’est plus, ou n’a jamais été, une question de supériorité de l’homme blanc sur les autres supposées races, mais bien une rhétorique permettant d’ostraciser un groupe afin de fragmenter la population et d’ainsi perpétrer son exploitation globale.

Certaines luttes ont été victorieuses et malgré toutes ses imperfections on a commencé à construire une société où le racisme n’était plus toléré.

Mais aujourd’hui, alors que le capitalisme est en crise, que le mythe de l’abondance est ébranlé par les réalités matérielles environnementales, que les travailleurs et travailleuses belges se mobilisent depuis 16 mois, que les peuples du Sud s’organisent et n’acceptent plus d’être à la remorque de l’Occident, que des masses considérables de gens s’indignent de voir se dérouler sous leurs yeux un génocide, la rhétorique raciste se réactive.

Partout, nous observons la recrudescence des actes et discours raciste, antisémite et discriminant.

C’est pourquoi en tant qu’organisation de jeunesse - en conformité avec le décret de la FWB et nos missions d’émancipation – nous réaffirmons notre volonté d’aspiration à une société fraternelle et égalitaire, pour le bien de tous.

« Dans une société raciste, il ne suffit pas de ne pas être raciste, il faut être antiraciste » – Angela Davis

De Liège à Ostende, ce samedi 21 mars, il y a des rassemblements partout en Belgique « Lève- toi contre le racisme » organisé par la plateforme 2103.

Voici leur mot d’ordre que nous vous relayons :

⚡️ Nous disons NON à la politique migratoire mortifère, aux violences policières, à la stigmatisation croissante de la communauté musulmane et à la banalisation des discours d’extrême droite. Nos gouvernements et institutions ferment les yeux alors que les inégalités, les discriminations et les violences s’accentuent pour les personnes racisées.

Partager cette actu

Ressources

Actualité rédigée par
Benjamin BONHOMME

Le